Le défi technologique

La performance de la restitution

Contrairement à la réalisation des fac-similés des fresques, qui s’appuie sur une technique déjà employée, pour Lascaux 2 par exemple, le moulage des roches et minéraux qui composent les 8.180 m2 de parois reproduites a nécessité une performance technologique inédite.

L’humidité, la température et même les odeurs sont contrôlées pour être aussi proche que possible de l’atmosphère de la grotte originelle. Pour ce qui est des roches, la société Phénomènes dirigée par Danièle Allemand, a travaillé deux ans à recréer les immenses concrétions calcaires: draperies, stalagmites, stalactites, pendeloques, fistuleuses… «On a fait une "grottothèque" de moulages, une sorte d’alphabet de tout ce qu’on trouve dans la grotte», raconte Danièle Allemand.

Tout est reproduit avec une absolue fidélité: les microscopiques veines de la roche, les scintillements schisteux, la poussière antédiluvienne… «Ces roches ne sont pas toutes opaques, il y a des jeux de transparence, elles n’ont pas toutes la même réponse à la lumière, détaille Danièle Allemand. On va en profondeur dans la matière, plus loin que la 3D. Il fallait retrouver la granulosité, la même sensation au toucher, et la même densité, pour qu’il y ait la même acoustique.»

L’ambiance unique de la grotte réside aussi dans les concrétions calcaires qui ont continué leur progression depuis la réalisation des œuvres des Aurignaciens. Certaines peintures sont partiellement recouvertes. «Il fallait donner le sentiment de quelque chose qui pousse et qui est vivant, comme une vague au bord de la mer.»

Grotte insalubre
On sait peu de choses sur le mode de vie des Aurignaciens et autres hommes préhistoriques. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’ils ne vivaient pas au quotidien dans des grottes mais dans des abris sous roche, ouverts sur l’extérieur. La grotte Chauvet, comme toutes les grottes ornées, n’était pas un lieu de vie. Trop sombres, trop humides, trop froids, on ne pouvait pas y faire de feu. La plupart des grottes étaient en revanche des refuges pour les animaux lors de leur hibernation, notamment les ours des cavernes.

L'architecture
au service du mensonge

Le site de la Caverne du Pont-d’Arc est situé dans les forêts ardéchoises, site naturel exceptionnel, préservé et escarpé. L’architecture du cabinet Fabre-Speller devait répondre à deux exigences, s’intégrer dans ce paysage et signaler sa présence comme un site contemporain pour ne pas mentir aux visiteurs.

«On ne fait pas une vraie grotte même si on fait tout pour que ça ressemble à une grotte», résume Pascal Terrasse, député de l’Ardèche et président du Grand Projet de la Caverne du Pont-d’Arc. «Notre parti pris était un geste contemporain avec du béton pour marquer la différence avec un site naturel, explique l’architecte Xavier Fabre devant
l’une des grandes façades d’un des bâtiments.
En même temps, c’est sobre, on n’est pas à Disneyland.»

Au fond du site, le bâtiment qui accueille la grotte restituée est circulaire, recouvert d’arbres, à la fois camouflé et immanquable par sa taille. Pour des raisons de sécurité évidentes, l’accès à la Caverne se fait par une rampe circulaire monumentale et non au prix d’un exploit spéléologique. « Mais symboliquement, on a voulu que l’entrée du site se fasse par un coude, pour créer un effet de sas », explique l’architecte.

La visite continue
Si la réplique est la star du site de la Caverne du Pont-d’Arc, quatre autres bâtiments accueillent le visiteur: un centre de découverte, un pôle pédagogique, un espace événementiel et un restaurant. L’objectif est de permettre une visite de plusieurs heures. Située au fond du site, la réplique de la grotte peut aussi bien se visiter au début ou à la fin du parcours. Mais les explications pédagogiques et scientifiques seront, pour l’essentiel, données dans le centre de découverte, une sorte de mini-musée. Dans le parc, des ateliers de taille du silex ou d’allumage de feu seront organisés. L’accueil des scolaires a également été pensé avec un bâtiment dédié, une zone de pique-nique… 350.000 visiteurs par an sont attendus.